Alioune NDIAYE Écrivain
February 5, 2025 at 09:41 PM
*Les Chroniques de la participation citoyenne* ( 58 ) Co-management Diomaye-Sonko : Innovation démocratique ou concentration du pouvoir ? > « Le pouvoir ne doit pas être l’apanage d’un seul homme, mais le fruit d’une responsabilité partagée. » – Nelson Mandela L’accession de Bassirou Diomaye Faye à la présidence du Sénégal et la nomination d’Ousmane Sonko comme Premier ministre ont instauré une nouvelle dynamique de gouvernance souvent qualifiée de co-management. Ce modèle inédit suscite autant d’espoir que d’interrogations. Est-ce une avancée vers une gouvernance plus équilibrée ou un risque de concentration excessive du pouvoir ? Une gouvernance à deux têtes : un pari audacieux Le co-management du duo Diomaye-Sonko repose sur une complémentarité affirmée Diomaye Faye, Président de la République, assure la stabilité institutionnelle et la diplomatie. Ousmane Sonko, Premier ministre, pilote les réformes et les transformations économiques et sociales. Cette répartition des rôles peut être perçue comme une réponse au déséquilibre institutionnel hérité des régimes hyperprésidentialistes du passé. Elle pourrait également permettre une mise en œuvre plus efficace des engagements pris auprès des Sénégalais. Cependant, une question demeure : peut-on réellement gouverner à deux sans créer des tensions ? > « Un bateau avec deux capitaines ne peut que s’égarer en pleine mer. » – Proverbe africain Les atouts d’un leadership partag 1. Une rupture avec l’hyperprésidentialisme Le Sénégal a longtemps été marqué par une concentration excessive du pouvoir entre les mains du Président, réduisant le rôle du Premier ministre à une fonction exécutante. Le modèle actuel semble vouloir redonner du poids au gouvernement, favorisant une gestion plus collégiale des affaires publiques. > « Ce qui fait la force d’une démocratie, ce n’est pas seulement l’élection, mais le respect des institutions et des contre-pouvoirs. » – Barack Obam 2. Une gouvernance fondée sur la complémentarité des profils Diomaye Faye, avec son image de président rassembleur, et Ousmane Sonko, connu pour son audace réformatrice, forment un tandem stratégique. L’un garantit la stabilité, tandis que l’autre impulse des changements ambitieux. > « Il n’y a pas de changement sans audace, mais il n’y a pas d’audace durable sans vision. » – Thomas Sankara 3. Une réponse aux attentes de transformation Les citoyens sénégalais ont massivement exprimé leur désir de rupture avec les pratiques politiques traditionnelles. Ce modèle de co-leadership pourrait incarner une nouvelle manière de gouverner, plus participative et plus proche des réalités du peuple > « Une démocratie est forte lorsque ses citoyens ne sont pas de simples spectateurs, mais des acteurs du changement. » – Kofi Annan Les risques d’un pouvoir bicéphale 1. Une dualité pouvant entraîner des tensions internes Qui prend les décisions stratégiques ? Le Président ou le Premier ministre ? Le flou autour de la répartition des pouvoirs pourrait générer des conflits de leadership, voire des blocages institutionnels en cas de divergences profondes. 2. Une concentration du pouvoir entre les mains d’un seul parti Avec PASTEF dominant l’exécutif, il existe un risque de monopole décisionnel, réduisant la diversité des idées et affaiblissant le rôle de l’opposition et des contre-pouvoirs > « Le pouvoir sans transparence est une porte ouverte à l’arbitraire. » – Amartya Sen 3. Une fragilité face aux pressions internes et externe Les partenaires internationaux et les institutions économiques pourraient s’inquiéter du manque de clarté institutionnelle et exiger davantage de garanties sur la stabilité politique et économique du pays. Quelle posture adopter face à ce modèle ? Face à ces enjeux, une approche équilibrée s’impose : 1. Soutenir avec vigilance Reconnaître les bénéfices d’un leadership partagé tout en exigeant des mécanismes de contrôle clairs pour éviter les conflits internes. 2. Appeler à une gouvernance plus inclusive Veiller à ce que le pouvoir ne se referme pas sur un cercle restreint et qu’il reste ouvert aux contributions de la société civile et des autres forces politiques. > « Le véritable test du leadership, ce n’est pas d’obtenir le pouvoir, mais de savoir comment l’utiliser. » – Theodore Roosevelt 3. Évaluer en continu l’efficacité de ce modèle Organiser des débats citoyens, produire des bilans réguliers et s’assurer que cette expérimentation institutionnelle ne devienne pas un frein à la démocratie. Une innovation sous haute surveillance Le co-management Diomaye-Sonko est une expérience inédite qui pourrait soit moderniser la gouvernance sénégalaise, soit engendrer des tensions institutionnelles. Son succès dépendra de la capacité des deux leaders à : Maintenir une vision commune et éviter les luttes d’influence. Assurer une gouvernance transparente et inclusive. Préserver l’équilibre des institutions démocratiques. En tant qu’intellectuels, citoyens et acteurs du développement, il est de notre responsabilité d’observer, analyser et, si nécessaire, alerter. Car au-delà des ambitions politiques, c’est l’avenir du modèle démocratique sénégalais qui est en jeu. Alioune Ndiaye Expert en développement international, écrivain et militant pour la transformation sociale.

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